Traduction Francaise du dernier article ecrit ou bien publie par l'auteur avant son arrestation surprise le 13 May 2006 en Syrie. Des petites retouches et revisions a faire. Gros Merci a un ami pour un exellent travail benvole de traduction. On fait notre part pour aider la liberte a se manifester.
NECROLOGIES… DE SYRIE
Par Michel Kilo
Omniprésentes sur les murs de Lattaquié, ville de mes parents et de mes aîeux et plus couramment appelée "le Pays" par ses habitants, les faire-parts de décès ont toujours capté mon attention.
Alors que ceux de ces faire-parts qui déplorent des citadins sont nettement bien ordonnés et imprimés avec précision, ceux des campagnards sont d'un contenu aléatoire et anarchique. Leurs caractères grossiers et leur papier vire au jaune.
Au gré de mes déambulations à travers la ville, je ne manque pas de noter un autre trait, bien plus parlant de ces faire-parts : Quand la personne dont la mort y est annoncée est issu de la campagne* de Lattaquié, celui-ci est le plus souvent ex-militaire. Les citadins n'ont , eux, que des liens si distants voire inexistants avec l'armée, qu'il est extêmement rare d'y voir mentionné fût-ce un seul militaire, même dans la liste élargie aux parents et alliés du défunt.
A l'opposé, sur ceux deplorant un disparu rural, tout le monde est militaire, à la notable excéption des trop vieux, qui ayant 30 ou 40 lors de l'avènement du 8 mars**, avaient passé l'âge de l'enrôlement sous les drapeaux .
Et bien que pour les uns et les autres, le faire part commence par le même verset coranique invitant l'âme apaisée à entrer, bénie , dans la sérénité au paradis du Très Haut, toute la suite les sépare, tel un fidèle reflet des réalités que vivent Lattaquié et ses citadins d'un côté ,et sa campagne avec les ruraux de l'autre..
En effet, alors que ses derniers vivent de la manne du pouvoir, notamment militaire, les premiers sont des artisans, des petits ou moyens cadres ou exercent des professions libérales.
Ainsi, tels des actes d'un greffier, ces avis documentent les réalités d'un pays dont le Pouvoir recrute les enfants des campagnes dans l'institution militaire et ses divers Services, notamment ceux chargés de la Sûreté, alors que les citadins, le plus souvent, ne comptent que sur le privé et sur eux-mêmes, à un point tel que l'on pourrait dire que leur vie se déroule en dehors de tout lien avec le Pouvoir el les Autorités publiques.L'on en viendrait même à se demander comment ont-ils pu prospérer matériellement au confins de cet univers officiel, -pourtant omniprésent et tentaculaire- et principal bailleur des Ruraux.
Mais revenons encore une fois à nos faire-parts qui jettent une lumière crue sur les lignes de démarcation sociale et politiques d'une ville qui à de tout temps vu fraterniser en paix et harmonie diverses religions, communautés et ethnies.
Le fait est que si d'aventure, quarante ans plus tôt, j'eus le culot de faire quelque commentaire sur telle ou telle religion, j'aurai été pour ainsi dire lynché vite fait, tant par les autres que par les uns.
Aujourd'hui , on n'ose toujours pas le faire, mais ce n'est point parce que la question à disparu -Le fait communautaire est de nos jours et d'une certaine manière le sous-bassement de la conscience publique en Syrie- mais par crainte d'un pouvoir qui à prétendu avoir instauré une unité nationale qui regroupe dans le même creuset un seul peuple, désormais débarassé de toute distinction idéologique ou éthnique.Ainsi, toute évocation du fait confessionnel est-elle assimilée à une trahison caractérisée de l'intérêt national, passible de sanctions.
Le verset du Livre Saint, donc, en préambule, la version rurale nous annonce le décès d'un lieutenant-colonel, colonel , ou géneral untel.
Père du lieutenant, ou capitaine, si ce n'est lieutenant-colonel commandant X qui se prénommeront Nidal*** ou Thaer***, Kifah*** ou Rafik ou Khalil ou encore Ibrahim, Ismaîl, Hassan ou Ali, etc
Beau-père du lt-colonel médecin X, époux de Thaoura***, et du commandant du Génie Y, époux de Thairah***, ainsi que du lieutenant-électronicien, du conseiller technique ou agriculteur tel et tel, époux de Nidal***, Rafica, Amal ou Chourouk…
Au nombre des frères du défunt, on comptera un instituteur, un professeur des collèges, un membre du commandement de Section du Baath, un avocat, un juge, puis un frère émigré, sans que celà n'altère en rien la prédominance militaire, notamment chez les parents et alliés des jeunes générations.
L'on y apprend également -j'allais l'oublier- que les funérailles seront célébrées à la mosquée du village du disparu, el les condoléances recues tel et tel jours au domicile du regretté, sis au même village, où le malheureux n'aura peut-être pas vu le jour, ni résidé ni même mis les pieds plus de quelques jours de son vivant.
La version citadine, quant à elle nous égrène invariablement des dignités comme celles de Hajj, Cheikh, Négociant connu, Ingénieur,professeur, qualifiant les disparus d'hommes de bien, de charité de piété et de secours.
Quant au prénoms eux-mêmes, ils portent la marque de la tendance religieuse qui à prédominé chez la plupart des citadins ces 45 dernières années..
Ainsi lit-on que le regretté du jour s'appelle Mohammed-Ghaleb, ou bien Mohammed-Salem ou quelque prénom qui s'en rapproche.
Père, invariablement, de Mohammed- Moustapha, Mohammed- Abdallah, Mohammed-Nadim, Mohammed-Raja, Mohammed-Wassel, Mohammed-Hassib, Mohammed-Taha, Mohammed-Khaled ou Mohammed-Omar et le reste à l'avenant…
Parmi les filles et parentes du disparu-type, figureront des Fatima, Khadija, Zahra, Aîcha, Moumina, Takiyya, ou encore Soumayya, Emina eyt Aya.
Les frères, cousins et alliés, se prénommeront , quant à eux, Abdel-Sattar, Abdallah, Abdel-Ghafour, Abdel-Rahman, le plus souvent affublés du titre Hajj, Cheikh, Homme de piété ou de vertu.
Au-delà le passage à trépas, un faire- part vous en aura donc dit long sur le paysage socio-politique et culturel national, ou plutôt a-national, dans sa miserable et grave réalité. Paysage qui s'est formé cependant même que les Autorités du pays prétendaient aller vers un monde de liberté, d'égalité, et de fraternité citoyennes où s'estomperaient les écarts entre la ville et la campagne !
Et devant cet état des chose l'on ne manquerait pas de hocher sa tête avec peine et non sans crainte d'un piteux avenir pour sa patrie qu'annonce la nécrologie.
Puis c'est sans résultat qu'on se prendra à chercher, dans l'espoir de trouver la trace d'un mariage mixte ou de quelque alliance entre ceux de la villle et ceux de la campagne.Entre Mohammed -Ali et Ali-Mohammed . En vain.
Et pourtant.. partout: sur les murs de la ville et au fond de ses ruelles, foisonnent portraits, affiches, posters et autres banderoles, pour te rappeler que tu vis dans la Syrie de l'ère moderne où tu incarnes la patrie où toute forme de différence entre concitoyens est désormais abolie !
Néanmoins, c'est du fond de cette réalité là que les choses commencent à bouger depuis quelques années. Depuis que se sont formés des comités nationaux d'action pour la démocratie, auxquels adhèrent librement et à des fins tout sauf partisanes uiversitaires, avocats, ouvriers, enseignants, commercants, paysans , étudiants - et j'en passe- appartenant à tout le spectre religieux , mus par le souci de restaurer sur une base d'égalité en droits , les liens rompus entre compatriotes .
Voici donc l'unique lueur d'espoir dans la noirceur détestable d'une réalité qui à tranformé la cité au 56 quotidiens, revues et associations entre 1925 et 1958, en une ville dont l'orphelin petit canard ne distribue guère plus de 500 numéros, et encore, à grand peine…Ville dépourvue du moindre espace de débat intellectuel , inter-communautaire ou national.
Comme il devient urgent que les citoyennes et citoyens recoivent à la Mosquée Ajjan**** du centre ville, les condoléance en mémoire de Ali-Mohammad ; et à la mosquée de Kardaha**** en celle de Mohammad-Ali !
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Commentaires de Traduction
* Lattaquie est a dominante Sunnite alors que la campagne signifie majoritairement la campagne alaouite
** 8 Mars 1963, date du saisis du pouvoir par le parti Baath
*** Noms a connatation nationalist arabe, utilises par la communite alaouite, tandis que la communite sunite prefere des noms a connotation Islamique
**** Ajjan c'est peut etre une Mosquee Sunite, tandis que Kardaha est une cite alaouite dont la famille Assad qui gouverne est issue. Discuter Kardaha est vraiment taboo dans n'importe quel context pour le gouvernement.